Un regard sur l’histoire

Photo d'une carte ancienne de la région datant de l'époque des Ligures

VENENNA (1014) / VELENNA (XIe siècle) / VENELLAE (1200) / VENELLES Cette pointe qui se dresse sur la route de Sisteron, un œil sur le montagne Sainte-Victoire et la campagne aixoise, l’autre sur le Lubéron et les cimes enneigées des Alpes, c’est la commune de Venelles.

L’origine : les Celto-Ligures

Fixé sur le dernier éperon de la Trévaresse se trouve le lieu-dit de Doute, le berceau de Venelles… L’origine du village remonterait à la civilisation celto-ligure des Salyens (IVe siècle avant notre ère) dont le territoire s’étendait du Luberon à la mer et jusqu’au Var à l’est avec pour capitale l’oppidum d’Entremont (à 3 km d’Aix). Celui-ci commandait, en outre, un ensemble d’Oppida que l’on appelle aussi des Castellas ou Castellaras, perchés sur les rebords des cuvettes de l’Arc et de la Touloubre, dont celui de Venelles. Aujourd’hui encore des vues aériennes laissent deviner quelques structures de cet oppidum.


Puis vint le temps des Romains

Vers 123 avant JC, Rome, à l’appel de Marseille, prend la ville d’Entremont et installe à ses pieds le camp d’Aix qui, forteresse militaire à sa création par la petite garnison de Sextius, devient colonie sous Auguste (15 ans avant JC), puis capitale sous le Bas-Empire et connaît la prospérité. Aix, bien servie par sa situation géographique et ses débouchés routiers, est une ville thermale très fréquentée sous le Haut Empire.

C’est certainement durant ces dernières périodes (empires) que les Romains, bien implantés dans le pays d’Aix, occupent le territoire de Venelles.

D’autre part, Venelles est située par les historiens lors de la bataille de Marius contre les Ambrons et les Teutons (102 avant JC) : « Marius, à ce moment-là, tenait la chaîne de la Trévaresse. De là, Marius n’avait plus qu’à concentrer ses troupes vers Venelles et Saint-Marc, les divisant en deux camps : l’un au nord, l’autre au sud de la Sainte-Victoire, rattraper, combattre et exterminer les Teutons dans la plaine de Pourrières… ».

Comme à peu près partout en Provence, le hiatus est total entre l’époque romaine et le XIe siècle. Cependant, il est permis de penser que l’évolution du village est, à cette époque, rattachée à celle de sa grande voisine Aix.

En 574, Aix est assiégée par les Lombards : la colonie romaine, dévastée, est abandonnée comme carrière.
Au VIIIe et Xe siècle, le pays est dévasté par les razzias sarrasines. La sécurité, rendue en 970, permet au XIe siècle une renaissance urbaine.

A Venelles, les fouilles archéologiques ont permis la découverte de vestiges :

  • à Saint-Hippolyte existait une villa (villae : domaine) – murs romains dans la bergerie – on a trouvé deux conduites de plomb d’époque, des tuiles, des meules et des fers de lance.
    à Violaine, on a découvert en 1838, au quartier de Terre-rouge, un autel réservé à Jupiter.
    à Fontrompette et à Fombelle, on a mis à jour une portion de l’aqueduc de la Traconnade (source de Jouques qui conduisait l’eau à Aix).


Du XIe au XVIIIe siècle

Dès le XIe siècle, des chartes certifient l’existence de deux églises :

  • Velenna-Nova qui désigne le domaine de Saint-Hippolyte, dépendant de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille.
  • Velenna-Vetula qui désigne le village de Venelles, dépendant du chapitre d’Aix-en-Provence. C’est la haute seigneurie de Venelles.

    1. Velenna Nova, le domaine de Saint-Hippolyte

Le domaine de Saint-Hippolyte est rattaché à l’abbaye de Saint-Victor de Marseille alors en plein essor : le développement de l’influence spirituelle et temporelle de Saint-Victor montre l’importance grandissante des moines dans la réforme de l’église, l’évangélisation et la reprise économique en Provence.

L’acte de donation de Saint-Hippolyte (avec son presbytère et les champs attenants) par leur propriétaire Aldarus, en juin 1014, figure dans les cartulaires de l’abbaye (charte 261). Les moines en font un prieuré géré par un « frère infirmier ». C’est aussi un lieu d’étape pour les pèlerins sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle.

A cette époque, la région comprise entre le Rhône et les Pyrénées est « infestée » de bandits. Beaucoup de pèlerins (de Lombardie, etc.) préfèrent donc aller prendre le bateau à Marseille via l’Espagne. Saint-Hippolyte constitue une halte entre Manosque et Marseille : devant le château, on trouve « l’allée des pèlerins » qui doit son appellation au fait qu’on y trouva des « coquilles percées » que les pèlerins portaient à leur cou pour se distinguer.

En 1489, certains droits de dîmes sont cédés par l’infirmier Riccardi à messire Elzéard de Turris. Saint-Hippolyte est ensuite vendu à Jean-Louis Chabert (1514).

En 1545, le domaine est acheté par Jean Garcin puis en 1653, par Marguerite de Garcin épouse Balthazard d’Albert (parlementaire d’Aix). Les d’Albert garderont la propriété jusqu’en 1830. A cette date, elle est vendue à Henry Anastay qui la cèdera à Marie-Louis Ollivier de Château-Double (1849), veuve d’Alban d’Hauthuille. C’est ainsi que la famille d’Hauthuille, qui en jouit toujours, devint propriétaire du domaine.

          2. Velenna-Vetula

Haute seigneurie, elle est rattachée au chapitre. Le Castrum est cité à partir de 1200 : dominant les vallées de l’Arc et de la Durance, il en reste quelques traces sur l’actuelle place de l’église de Venelles-le-Haut (contre le belvédère).

A compter du XIe siècle, il est possible de suivre avec précision la lignée des seigneurs, laïques (comte souverain) ou ecclésiastiques (archevêque d’Aix) de Velenna-Vetula ainsi que celle des familles de la Haute Seigneurie en concession :

  • 1082 : Archevêque d’Aix, Pierre II.
    • Apanage des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (plus tard Saint-Jean de Malte), Velenna-Vetula est cédée à Alphonse Ier (décédé en 1196) roi d’Aragon, comte de Provence, qui fixe sa capitale à Aix en 1192.
    • Alphonse II (décédé en 1209) comte de Provence ayant pour épouse Garsende de Forcalquier.
    • Raimond-Berenger V (décédé en 1245) comte de Provence et de Forcalquier ayant pour épouse Béatrice de Savoie. Il donne la haute seigneurie en concession en 1237 à la famille Artaudi.
    • Béatrice de Savoie, épouse Charles d’Anjou (décédé en 1285) frère de Louis IX, comte de Provence et de Forcalquier, roi de Naples et de Sicile et de Jérusalem.
    • 1291 : Charles II « le Législateur » transmet la seigneurie à l’archevêque d’Aix Rostang de Noves en échange de ses droits sur Meyrargues.
    • 1467 : Velenna-Vetula reste la propriété du Chapitre jusqu’en 1467, date à laquelle l’archevêque Olivier de Pennard la rend à la Couronne, le roi René (décédé en 1480) abandonnant à la place la totale juridiction sur le castrum de « Alpibus » (Aups).
    • Charles III (décédé en 1481) lègue la Provence à Louis XI, roi de France.
    • 1566 : famille d’Estienne de Chaussegros.
    • 1604 : familles d’Andréa et de Jarente.
    • 1753 : famille de Caussini. Joseph Louis de Caussini (bâtard du marquis Omer de Valbelle) meurt sur l’échafaud à Marseille en 1794 pour avoir prêté main-forte à la contre-révolution. Les terres du condamné Caussini sont divisées en 20 lots et vendues à des agriculteurs du terroir (Chieusse, Bajolle, Chabaud, Magnan, Laurin, Coste, Reynier, etc.)

Nota : La noblesse n’a jamais habité le village. Un bailli était chargé de récolter les divers taxes, impôts, droits de passage.


Les armoiries

« D’or à un sautoir ou croix de St André de Gueules, au chef cousu d’argent, chargé du mot Venelles en lettres capitales de sable ».

L’origine des armoiries de Venelles remonte au XIe siècle, époque de la première Croisade en terre sainte. En l’an 1098, lorsque les Croisés eurent pris Antioche et qu’ils l’occupèrent, ils furent à leur tour assiégés par les « infidèles ».

Les Croisés ne pouvaient plus sortir et la nourriture commençait à manquer. Au bout de 26 jours, un provençal nommé Pierre Barthélemy de Châtillon, vint trouver l’évêque du Puy et le comte de Toulouse : il leur dit que l’apôtre Saint-André lui était apparu en songe et lui avait commandé par trois fois de dire aux seigneurs que la lance dont Jésus-Christ avait eu le côté percé, se trouvait enterrée dans l’église Saint-Pierre et qu’il avait marqué le lieu où elle se trouvait.

Cette nouvelle donna aux Croisés de nouvelles forces et, après avoir déterré le fer de la Sainte Relique, ils tentèrent une nouvelle sortie. Ce Pierre Barthélemy portait le fer de lance. Les Croisés réussirent à faire lever le siège aux infidèles et remportèrent la victoire.

Depuis lors, Pierre Barthélemy changea son nom de Châtillon, par celui de « Gerens » (qui porte) et qui, par corruption, s’est transformé en Gérente ou Jarente. En changeant son nom, il changea aussi ses armes et voulant témoigner à Saint-André sa reconnaissance, il fit graver sur son bouclier la croix du Saint-Apôtre. La famille de Gérente a possédé la seigneurie de Venelles à partir du XVIIe siècle.


La vie à Venelles

Bien qu’il n’existe pas d’étude sur la vie même du village, il semble que sa situation géographique, lieu de passage entre les Alpes et la Méditerranée, ait toujours été de première importance : au Moyen-Age, grâce au trafic intense dû au transport du bois de Haute-Provence, les muletiers d’Aix et de Meyrargues assurent l’essentiel des convois.

Les transporteurs trop chargés qui n’arrivent pas à grimper la côte, sollicitent l’aide des charretiers venellois.

Le chemin d’Aix à Meyrargues ne passe pas au village de Venelles : aussi deux petits hameaux, « Les Logis » et « Les Logissons » se sont-ils formés sur cette route. En langue provençale, Logis signifie Hôtellerie, auberge, relais et en effet, dans le cas précis de Venelles, Les Logis et Les Logissons sont à l’origine de deux relais de chevaux importants en raison du trafic de diligences vers Marseille.

Plus tard, le village situé à l’écart des voies de communication se dépeuple au profit des Logis, qui dispose alors de hangars pour les chevaux et les diligences.

Il existe sans nul doute une communauté villageoise… puisque Venelles est citée comme exemple lors du phénomène de « désertions de villages » entre le début du XIVe et la seconde moitié du XVe siècle.

En effet , la vie reprend à Venelles vers 1475 : il s’agit au début de deux habitants seulement dont l’un d’Aix et l’autre d’Embrun qui proposent aux Seigneurs de reconstruire un « cassal » du Castrum abandonné en prenant l’engagement d’en faire un lieu de résidence permanente.

Au XVIe siècle, elle se peuple d’agriculteurs qui domestiquent les pentes du village (bancaous) pour le préserver du ravinement des eaux. On y obtient de bonnes récoltes de blé ainsi que des vignes, des oliviers, des amandiers. L’installation de ces colons-paysans est lente… En 1664, le dénombrement des communiants et non-communiants effectué par Jean-Baptiste Blégier, prêtre de la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix, recense 409 personnes à Venelles.
La commune compte 7 maisons en 1540, 30 en 1728, 124 en 1765 (635 habitants).

En 1793, le curé de Puyricard rapporte que « l’on s’est mis depuis 50 ans à cultiver des terrains qui, de mémoire d’homme, ne l’avaient jamais été tant sur les collines de la Trévaresse qu’en plaine, sur les bords de la Touloubre ».

En 1820, elle atteint 211 habitations avec 833 habitants. Selon le Comte de Villeneuve, Préfet des Bouches-du-Rhône, les habitants sont tous agriculteurs, ils vivent très unis, leurs mœurs sont simples et régulières. La vigne, l’olivier et l’amandier y sont de belle venue et les récoltes de blé y sont ordinairement abondantes.

Il convient de souligner que les ressources en eau représentent des volumes de très faible importance, de 20 à 30 m3 par jour, pour l’ensemble de la population, soit moins de 20 litres par jour et par personne.

Le chemin d’Aix ne passant pas par le centre du village, deux hameaux se créent alors aux Logis et aux Logissons pour devenir des relais de diligences importants reliant Meyrargues et Marseille. L’affluence de ce trafic sera à l’origine de son déplacement progressif vers le bas. L’élection en 1865 du maire Félix Chabaud lui donne un essor économique et social : travaux d’adduction d’eau, installation d’une brigade de gendarmerie. La construction de la gare, sur la ligne Marseille – Grenoble, est la première intrusion du monde moderne dans la vie rurale des habitants de Venelles.

A la même époque, l’enseignement public devient obligatoire et l’école un des éléments essentiels du village. Celle de Venelles, prévue aux Logis dans les années 1870, sera finalement construite en 1882, à Venelles-le-Haut (École Maurice Plantier) « attendu qu’on y jouit d’une vue plus étendue et qu’on y respire un air plus pur » selon la délibération du Conseil municipal d’alors. En réalité, des querelles politiques opposaient les républicains du Haut et les légitimistes des Logis.

Ainsi, la coopérative vinicole, est édifiée en 1924, près de la gare. Cette nouvelle structure traduit non seulement l’adaptation des paysans au monde économique moderne, mais aussi leur prise de conscience face à l’importance des moyens de transport.


La poste, symbole de communication, s’installe en 1929… et toujours aux Logis.
Lorsqu’à son tour, en 1970, l’administration communale, installée jusqu’alors à Venelles-Le-Haut, décide de transférer ses locaux près de la Grande-Route, la démonstration de l’irréversibilité de l’extension de la commune en contrebas du village est faite.


Le tremblement de terre de 1909

1909 : une date qui restera éternellement dans la mémoire des Provençaux.

Certains disaient que la météo de ce début juin était inhabituelle, des orages précoces, un temps lourd et étouffant. Une inquiétude mal définie planait sur la nature, des chiens hurlaient, les animaux quittaient leur demeure.

Le vendredi 11 juin 1909, vers 21h15, un violent tremblement de terre ébranle la région, le dernier séisme meurtrier en France métropolitaine.

Ce séisme, aussi appelé séisme de Lambesc, fait référence à un séisme de magnitude 6,2 sur l’échelle de Richter ressenti dans tout le Sud de la France et en Italie, de Gênes à Perpignan. Il entraîna d’importants dégâts et destructions au sein des villes de Salon-de-Provence, Vernègues, Lambesc, Saint-Cannat, Rognes et dans le massif de la Trévaresse en Provence. Le bilan humain fait état de 44 morts et 250 blessés.

Alors qu’on comptait les morts dans les villages voisins après le tremblement de terre, il n’y eut à Venelles qu’une seule victime, une femme qui, selon les dires, est morte de frayeur ! Quelques maisons furent ébranlées mais l’église et le presbytère ne résistèrent pas ; seuls subsistent le clocher et la voûte où se trouve le bas-relief de Louis-Félix Chabaud.

A la suite de ce sinistre, les catholiques allaient-ils être privés d’office ? « Pendant quelques semaines, la messe dominicale fut célébrée dans la chapelle de Saint-Hippolyte », indique Alban d’Hauthuille, propriétaire du château du même nom.

La chapelle, partie intégrante du domaine situé à quelques kilomètres du centre du village, est une charmante construction ogivale bâtie en 1852. Puis fut édifiée une chapelle en planche grâce à la générosité de riches donateurs.

Se posa alors la question de l’église définitive : fallait-il restaurer l’ancienne dont la rénovation datait de 1875 ou en construire une nouvelle ?

Cette interrogation, à l’époque, défraya la chronique et les rumeurs allèrent bon train. La seconde solution l’emporta, mais, la construction de l’édifice serait réalisée à Venelles-le-Bas (aux Logis). La raison invoquée était le trafic qui ne cessait d’augmenter (déjà à l’époque) sur la route des Alpes et le nombre plus important d’habitations.

L’église est donc désaffectée et une nouvelle église est construite à l’initiative de la communauté chrétienne au hameau des Logis en bordure de la route des Alpes, sur des terres appartenant aux familles Bajolles et Gleize.

Il existait alors des rivalités politiques apparues après 1870 entre les deux parties du village. Les habitants des hauteurs étaient républicains et ceux des logis, légitimistes. Cette décision n’a pas eu pour effet d’apaiser les rancœurs. Les habitants de Venelles-le-Haut, « Républicains », exaspérés par l’abandon de leur église, se convertissent alors au protestantisme. En effet, ils ne supportaient pas de devoir « descendre » leurs morts pour ensuite les « remonter » au cimetière. Un Temple vit le jour dans le vieux village.

Mais cette dissension ne pourra empêcher le développement de la ville le long de la voie de communication. Tous les bâtiments importants de Venelles seront peu à peu construits à Venelles-Le-Bas.

Depuis, aucune activité sismique de forte ampleur n’a été observée et notre région a été classée en zone 2, puis en zone 4, soit à sismicité moyenne.